La saveur de la vie

Alors que je suis dans les airs vers Los Angeles, cette destination qui m’est si chère et inspirante, je repense aux quelques mois qui viennent de s’écouler. 

Je ne peux m’empêcher, alors que ce feu au fond de mon ventre ne fait que s’intensifier à mesure que nous nous rapprochons de notre destination, de penser à la saveur qu’ont les différents événements de notre vie. Selon le moment où on les vit. 

Non pas la valeur, mais bel et bien la saveur qu’elles ont, comme une première gorgée d’eau après une longue journée d’été. Car en vérité, nous ne connaissons que trop bien la valeur des choses, dans cette société où non seulement tout se paye mais aussi tout s’évalue, se juge… sur l’échelle du plaisir et de la représentation. 

Ce qui diffère en revanche c’est la façon dont ces choses résonnent en nous, la façon dont elles parlent à notre âme, selon le timing et l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons. 

Prenez ce voyage en Californie par exemple.

Disons même aux Etats-Unis. 

La valeur de ce voyage je la connais par cœur. Depuis que je suis partie seule à New York quand j’avais 17 ans et que je suis tombée follement amoureuse de cette ville, je n’ai jamais perdu l’enthousiasme et la fougue à l’idée d’un voyage là bas. Au contraire, l’inspiration et le bien-être que j’y trouve, à chaque fois, n’ont fait qu’accentuer ce désir d’y re-goûter, encore plus intensément chaque fois. 

Sa représentation sociale, je la connais aussi : quelle coolitude affichée n’est-ce pas ? Ohhh « LA » & « NYC », so fancy, so IG approved ! Qu’est-ce que ça dit de moi n’est-ce pas ?

En revanche, si l’on prend un tout petit peu de recul, la saveur de voyage… ou d’autres choses d’ailleurs peut être tellement plus intense. 

Car s’il y a bien une chose que ces 10 derniers mois m’ont le plus appris c’est peut-être ça justement : vivre, de nouveau, certains événements heureux mais cette fois-ci avec une saveur infiniment décuplée. Comme un nectar d’émotions, qui par la force des choses tend à s’affadir lorsque trop souvent consommé. 

Les voyages ont toujours été pour moi quelque chose de très accessible, de très récurrents. J’ai été éduquée comme ça. Avec cette idée de liberté et de champs des possibles ouvert devant mes yeux plein de rêves. De mes 17 à mes 25 ans, j’ai donc voyagé : aux USA beaucoup, en Asie, aux Antilles, en France, en Europe… Avec toujours cet immense plaisir et cette soif de découverte. 

Mais depuis presque un an, j’ai été privée de ce qui pour moi était quelque chose de tellement ancré, tellement acquis dans ma vie. Et bien que cela m’a valu des mental breakdowns d’anthologie (chéri, je suis désolée :D), cela m’a aussi permis de renouer plus fort que jamais avec ce vertige tout au fond de mon ventre. 

Ce vertige que je ressens là tout de suite, qui me remonte dans le nez comme une lichette de moutarde jusqu’à mes yeux, désormais embués, quand je pense que des quelques heures mes pieds fouleront la promenade entre Venice Beach et Santa Monica. Quand je pense à cette vague d’inspiration que me procure cette ville tellement atypique. Quand je pense à cette petite bulle de bonheur qu’il m’est donné d’apprécier là tout de suite, après une année si difficile. 

La saveur qu’à maintenant cet événement, pourtant déjà vécu, me submerge. Me fait planer presque. C’est fou comme l’être humain peut à la fois s’habituer et de déshabituer de tout. Notre capacité d’adaptation, aux bonnes comme aux putains de mauvaises phases de la vie, finalement est peut-être ce qui témoigne le plus de notre humanité. 

Je crois qu’il faut justement cultiver cette capacité à s’émerveiller, toujours plus fort. Parce qu’en réalité, à mesure que le temps passe et que le sablier de la vie défile inexorablement, la quantité de premières fois diminue et emporte avec elle notre innocence d’enfant. Quelle force incroyable si alors, par un vrai travail d’introspection et par une prise de recul nécessaire, nous pouvons de nouveau apprécier la saveur de certains événements, même déjà vécus 1000 fois.

Cherchez en vous… peut-être est-ce ce voyage en camping avec votre famille que vous faites tous les étés, ce fou rire partagé avec vos meilleurs potes, cette nuit d’amour torride avec votre moitié, ce coucher de soleil sur la plage… et souvenez-vous la saveur que ces moments avaient la toute première fois. 

Je sais. Ce fameux vertige, encore… 

Quand j’y pense, ces derniers mois ont été tellement révélateurs sur tant d’éléments de ma vie. J’ai l’impression d’avoir fait en un an de chemins tortueux et compliqués, une autoroute de 5 ans de vie. Une autoroute vers l’essentiel. J’ai tellement grandi et tellement appris. 

Et… je crois que je suis si reconnaissante pour mon parcours de vie, malgré tout. Car il me fait savourer, plus fort encore, la saveur d’une parenthèse californienne de 2 semaines, qui résonne désormais en moi comme un moment de vie hors-norme. 

Alors je vous laisse là, prête à fabriquer des souvenirs qui résonneront à jamais en moi. 

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