Le couple - jade's paper

Le couple.

Hier soir, je me suis couchée avec des réflexions plein la tête. Alors qu’il était venu pour moi le temps de mettre enfin mon corps et mon cerveau au repos… je ne pouvais m’arrêter de m’entendre penser. Pourtant, je n’avais pas été particulièrement stimulée dans la journée : ni par un film, ni par une lecture particulière, ni par une circonstance déterminante de la vie. Ce niveau d’intensité dans mon psychique relevait plutôt de l’inconscient je crois.

Quoique, maintenant que j’y pense, hier j’ai été d’humeur maussade toute la journée. Tiens, j’en ai même informé, de façon un peu superficielle d’ailleurs, ma communauté Snapchat. À coup de moue boudeuse, j’avais dit au monde virtuel mon inconfort avant même de pouvoir en identifier sa cause.

C’est alors qu’au moment de fermer les yeux, au moment même où j’allais enfin gagner ce bras de fer : celui où enfin notre cerveau accepte une trêve pour pouvoir nous laisser glaner quelques heures de repos, les choses s’éclaircirent. Mes pensées repartirent de plus belle et une réflexion sur le couple s’amorça dans ma tête.

Ironiquement et toujours avec cette légèreté qu’impose le support, j’avais aussi mis sur mon compte Snapchat une photo de Jonathan et moi, toujours avec cette moue boudeuse, cette fois-ci accompagnée de la légende : « Qui c’est qui doit me supporter quand je suis d’une humeur de me*de… ? Toujours le même. Sorry Babe ».

Alors que je repensais furtivement à cette phrase, pauvre dans sa forme mais finalement criante de vérité, j’ai commencé à réfléchir à ce pacte informel que l’on appelle le couple. Cet autre à qui finalement l’on impose (et avec qui l’on partage…) ses choix, ses convictions, ses croyances, ses humeurs… avec qui l’on construit un mode de vie, avec qui l’on façonne un quotidien. J’avais passé ces dix dernières années en couple, partagées entre deux relations, et c’est à cet instant précis que j’ai sûrement pris le plus conscience de ce que ça signifiait… être en couple.

Avec cette phrase innocente par exemple, je réalisais l’une des places que Jonathan occupait, sans ciller dans mon quotidien. Celui de compagnon de route, fidèle et robuste, constamment à l’épreuve de mes humeurs. Un rôle parmi tant d’autres sûrement… confident, amant, colocataire, ami… fou serait celui qui pourrait évoquer tous les rôles qu’occupe, au cours d’une vie, celui ou celle qui partage notre vie.

Atteindre ce niveau d’intimité avec celui qui était, il y a quelques années encore, un parfait inconnu a le don de me fasciner. Vous savez ça m’emmène dans des réflexions sans fin, celles qui, à mesure que l’esprit divague tordent un peu le ventre, comme lorsque l’on est au bord d’un précipice. Vous savez, ce sentiment qui accompagne toutes les grandes réflexions telles que le sens de la vie ou la mort. On se laisse emporter dans ce tourbillon sans fin des pensées et puis subitement, on choisit de revenir dans l’instant, car cette perte de contrôle psychologique est trop effrayante.

Hier soir, cette divagation intellectuelle sur le couple était plus confortable c’est vrai, moins effrayante… mais tout de même. Je ne cessais par exemple de me poser la question des « trajectoires ». Je suis persuadée que la somme de nos rencontres est l’élément réellement déterminant quant à notre chemin sur terre, notre trajectoire de vie. Et quelle rencontre plus déterminante que celle à la racine du couple n’est-ce pas ?

Dans mon cas ce soir là, je ne cessais de me demander si ma vie serait encore à Paris si je n’avais pas été en couple avec celui qui était en train de s’endormir à côté de moi. C’est vrai, ce n’est tout de même pas rien. À minima, cet Autre, avec qui l’on choisit de partager sa vie, nous impose, d’une façon ou d’une autre, cette unité de lieu. Et, je ne sais pas si vous vous souvenez de vos cours de français du collège, mais l’unité de lieu, dans une pièce de théâtre, c’est un tiers du boulot les amis ! Car il est certain d’une chose : à l’instar du théâtre, dans la vie on ne peut choisir qu’un seul lieu. Par définition, on élimine donc tous les autres : on choisit un lieu, un quotidien, une vie.

Et, souvent, pour ceux qui font le choix d’être deux, le couple est à la base de ce choix. Ah… vous le sentez de nouveau, ce précipice ? Finalement elle est peut-être un peu plus effrayante que prévu cette réflexion.

Les deux autres unités sont presque alors une formalité. En ce qui concerne le temps… et bien, chaque journée passée en compagnie de l’autre est une journée de vie que l’on ne peut plus récupérer. La vie c’est un immense sablier, qui coule inexorablement et nous impose cette cadence universelle. Le couple n’échappe pas à cette temporalité, et donc chaque journée passée, heureuse ou malheureuse, est une journée actée. Cet espace temps partagé, appartenant à cette nouvelle entité qu’est le couple est donc d’autant plus sacré à mes yeux et, au lieu d’être subi, doit être sublimé ou alors… ne devrait même pas exister.

Ce qui m’a amenée à penser, toujours lovée entre les draps, à la troisième unité. Cette unité d’action est peut-être celle sur laquelle nous avons le plus de contrôle. Toujours dans la métaphore de la pièce de théâtre, nous sommes ces deux acteurs pour qui il est possible de jouer tous les rôles. Au sein de ce lieu choisi, avec le tempo de la vie, il leur est alors possible de tout faire. Mais dans la vie, la vraie, la difficulté réside dans le fait que les choix nous incombent : nous sommes acteurs et metteurs en scène. Nous décidons de ce quotidien.

Quand vous commencez à vous questionner sur ce troisième point, les choses s’embrouillent un peu et vous avez forcément des réflexions contradictoires. On se dit d’une part que l’on a qu’une vie et qu’on a envie de la vivre de façon un peu rock’n roll : vivre l’instant, expérimenter, découvrir, voyager, ressentir… être spécial. On se dit aussi que l’on a envie de connaître des bonheurs plus profonds : se poser, construire une famille, une carrière, avoir une belle maison, profiter de grands dimanches en famille… Et puis, déterminés à tout avoir, vous concluez que c’est ce que vous ferez : vous aurez tout, même si au fond vous ne savez pas trop comment encore. Illusion ou vérité… l’heure du bilan arrivera forcément. Mais heureusement tant que nous sommes là ; bien vivants, le bilan peut encore attendre.

Ce qui est vraiment fou, c’est qu’une fois que l’on a énuméré tous ces aspects de la vie que l’on souhaite explorer, on réalise l’emprise que le fait de partager sa vie avec une autre personne peut avoir sur ce quotidien que l’on tente d’agrémenter. C’est vrai : qu’on le veille ou non, ceux qui ont choisi de vivre la grande aventure de la vie à deux sont forcément façonnés de la main de l’autre. On discute ces choix, on fait des compromis, on réévalue les priorités… et on cède même parfois. Vous imaginez ? Sur le champ infini des possibles, sur ce terrain de jeu, sur ce canevas vierge de la vie, on accepte volontairement de se séparer d’une partie de la gouache. Il y a des couleurs que nous nous résignons à utiliser, et ce au nom de l’amour. Au nom de ce choix de vie suprême : celui du couple.

Et puis bien entendu, je passe sous silence l’évidence : cette responsabilité immense qu’à l’autre à partir du moment où il se lance dans l’aventure. On lui confie notre confiance, notre santé émotionnelle et en quelques actes il a le pouvoir suprême de nous nuire : par une tromperie, par un mensonge, par de la violence… dépendra où se trouve le curseur de nos valeurs morales.

Quel que soit le moment où vous penserez à tout ça, dans le canapé subitement alors que vous regardez un navet, au mariage de vos amis, au déjeuner du dimanche… ou comme moi, un soir de semaine, dans votre lit… la réaction est toujours la même. Vous vous tournez vers l’Autre : et c’est comme si vous le redécouvrez. Vous le voyez de nouveau comme cet inconnu des tous premiers temps, vous redécouvrez son visage, l’ourlet de sa bouche, la courbure de ses cils, l’arrête de son nez. Vous le scannez, et un peu honteux vous vous posez forcément la question. Car à cet instant précis, vous êtes en pleine conscience de votre individualité et vous réalisez le lien qui vous unit à l’autre : si fragile. Il s’agit simplement d’un choix. D’un oui, plutôt qu’un non. Et vous vous soufflez à vous même un inaudible : « est-ce que c’est vraiment ça que je veux… ? ».

Et je me suis endormie.

Puis je me suis réveillée, et tout était limpide.

5 comments

  1. Jenn

    Waw ! C’était magnifique

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    1. jadespaper

      Merci beaucoup Jenn ♡

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  2. dys

    bonsoir Jade
    je te lis avec plaisir …ça me manquait
    je trouve encore une fois que tu tapes dans le mille
    très beau choix de sujet
    j y suis particulièrement sensible
    merci
    au plaisir de te lire bientôt

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    1. jadespaper

      C’est adorable! Merci beaucoup! Ça fait plaisir de voir que tu es là à chaque fois 🙂 à bientôt ♡

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  3. Maman

    Que te dire ? Sinon que ta voie se dessine absolument. Je t’aime.

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