Paris, pourquoi toi ?

À chaque fois que je m’en vais, puis que je reviens, je me pose cette question. Après tout pourquoi Paris, pourquoi avoir posé mes bagages ici depuis 9 ans ?

Alors que je suis quelque part, au dessus des nuages qui voilent la méditerranée, je ressens comme une sorte de mélancolie à mon idée de retour à Paris. Un sentiment que je ne connais que trop bien.

Si l’on fait une rétrospective de ma vie, la réponse à cette question semble encore moins évidente. C’est vrai, je suis née en Martinique, où j’ai grandit jusqu’à mes 13 ans, avec une très courte parenthèse en Angleterre, puis j’ai mis le cap sur Perpignan pour 3 ans et à mes 16 ans direction Paris pour ma terminale. Déjà… je me demande pourquoi ce choix. Comme une évidence diront-ils, pour la bonne élève que je suis. Passer mon bac dans un lycée d’exception et préparer les prépas les plus prestigieuses, c’est le graal non ?

Foutaises.

Comme prévu, j’ai choisi… une voie différente. Hors de question à ce moment là, de me conformer à quelque chose qui ne me ressemble résolument pas. Enfant créative et enjouée, adolescente passionnée de danse et d’écriture, pourquoi avoir eu la tentation du conventionnel prétendument prestigieux ?

Indulgence, Jade. À 17 ans, et loin des siens, c’est difficile de choisir.

Quoi qu’il en soit, alors que je rêvais (littéralement) de NYC, c’est finalement Paris qui s’est imposée. Vous me direz, c’est plus simple et plus facile n’est-ce pas ? J’ai quand même du mal à me persuader de cette affirmation que je ne cesse de me répéter pour ne pas avoir de regrets. Non mais c’est vrai … après tout, New-york se trouve plus près de ma famille, qui habite en Martinique, je parle couramment anglais et les études que j’ai finalement décidé de faire y sont disponibles.

Je me demande toujours pourquoi – en tant que Français ? – nous n’envisageons les choses que dans un périmètre ultra-restreint, cloisonné par l’étroitesse de notre esprit mais surtout par l’étroitesse de notre confiance en la réalisation de nos rêves.

Je sais que pour beaucoup c’est un joli discours utopiste. Mais je crois que dans la vie la magie n’opère que lorsqu’on y croit.

Bref, Paris j’y étais et j’y resterai, me dit le destin. Finalement, j’accueille cette idée avec enthousiasme et joie de vivre, comme à mon habitude. Et ma vie s’articule dans cette ville, qui deviendra finalement ma première maison. Je me surprendrai même à qualifier Paris de « home sweet home » à mes retours de voyage. Incroyable.

Les années passent, je vis à Paris tout ce qui conditionne une vie de jeune adulte : premier appart, premier amour, études supérieures…

Comme pour me souvenir de la saveur d’un rêve oublié, je pars 3 mois aux Etats-Unis : la meilleure période de ma vie. Je ne veux plus partir. New York m’hypnotise et j’en tombe définitivement amoureuse.

Mais, encore une fois, je reviens… je ne sais pas pourquoi. Tout continue donc de s’enchaîner : premier appart à deux, premier job, et déjà, un premier changement de cap.

Le blog, les « projets ». Vous savez, ces ambitions que l’on tente, avec toute notre énergie, de transformer en succès, parce qu’on y croit et qu’on ne veut plus fuir ce qu’il y a, au fond. Alors on appelle ça des projets, auxquels on croit très fort et qui, avec beaucoup de travail et un peu de chance, se réaliseront peut-être.

Et toujours, comme terrain de jeu et témoin de mon évolution, Paris, où je reste désormais sans trop me poser de questions. Mais au fond, comme un malaise : malgré un quotidien que j’ai rendu agréable, fait de sport, d’un boulot que j’aime, d’une relation amoureuse épanouie, il y a comme un manque, énorme, que je n’arrive pas à combler et qui me donne souvent le spleen. Mon mode de vie ici, ne me convient plus. Où est la nature, où est l’espace, où est la joie de vivre… et où est le soleil il va sans dire ? Où sont les allées bordées de palmiers pour faire du skate pieds nus, où est ma véranda ou lire et écrire jusqu’au coucher du soleil, ou sont les oiseaux et les ciels sans nuages… ? À défaut, je me contente des automobilistes enragés et des parisiens bougons d’une vie speed et monotone… Et puis d’un autre côté, mes voyages en Martinique me confirment qu’il n’y a décidément pas d’avenir à court terme là-bas. J’ai trop changé et elle pas assez. C’est voué à l’échec.

Alors je reste à Paris. Comme si je n’avais que ces deux seules options. Je m’en veux alors terriblement de penser comme ça : comment est-ce possible que je n’envisage pas les choses, plus loin, alors que j’ai tant lu, tant voyagé, tant écouté des histoires d’audace et de réussite.

Petit à petit, à force de rêver à autre chose et à force de perdre, un peu chaque jour, la vitalité qui me caractérise, je commence à y penser. Peut-être Bordeaux, autre moitié de mon métissage encore trop peu explorée ? La Corse, paradis terrestre à 1h de Paris pour lequel j’ai eu un véritable coup de cœur ? Los Angeles, qu’il me faut visiter au plus vite tant le lifestyle californien me semble familier ?

Tout cela sera à explorer… très bientôt, dans l’immensité des possibles et dans une perspective de réalité. Parce que je suis fatiguée de vivre une vie qui n’est plus la mienne, et que ma soif d’aventures est intarissable.

3 comments

  1. Dys

    Article tres intéressant où tu poses de vraies questions en tant que martiniquaise aussi et vivant en France métropolitaine aussi je me retrouve un peu dans ce que tu écris
    On se sent moins seule
    J apprécie aussi ton style d écriture

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    1. jadespaper

      Merci beaucoup 😊 C’est adorable ! Sache donc que tu n’es pas seule à te poser tout plein de questions et qu’au final c’est TOI qui décide de ton destin ! Alors aie confiance, ecoutes-toi et fonce ! Gros bisous ma belle

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  2. Marjorie

    Tu nous retransmet bien ce que c’est de se retrouver dans un dilemme “subit”. C’est à dire que on se conditionne, on s’empêche de voir plus loin que ce que l’on peut accomplir parfois juste parce qu’on pense inconsciemment qu’on est incapable de sortir de sa zone de confort (ici Paris!). Moi je ne me fais pas de soucis pour toi, tu es une jeune femme avec la tête bien remplie, audacieuse et qui sait ce qu’elle veut… ce n’est plus qu’une question de temps pour que tu te révèles complètement. Je précise, qu’on a le même âge. Je précise cela parce que ça me fait énormément de bien de voir quelqu’un de mon âge avec la même “profondeur d’esprit” et certainement une très grande maturité. Ca fait du bien de se retrouver dans tes écrits également, bien que je sois plus téméraire sur le choix de la ville dans laquelle je fonderai ma vie (mais c’est encore une autre histoire)
    Je souhaite simplement t’encourager, à ne pas baisser les bras et à poursuivre tes ambitions rangées dans un coin de ta tête mais certainement bien présentes 😉 tout cela finira par payer.
    PS: Très sympa ton style d’écriture.
    Bises!

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