Une addiction relative _ Jade's Paper

Une addiction relative

Cela doit faire une petite quinzaine de jours… oui c’est ça, depuis mon retour de New-York exactement, que j’expérimente quelque chose d’assez surprenant : je n’ai quasiment pas fait de sport. Alors oui, si l’on remonte un peu en détails l’historique de mes dernières journées, on pourrait peut-être trouver une ou deux séances de TRX et quelques abdos, mais cela reste très timide, vis à vis du rôle de « fitness addict » que je me plaît à jouer depuis tant d’années et que mes amis adorent me donner ! Et puis, après tout, c’est vrai que je l’ai bien mérité ce surnom au fil des années : plus de 5 ans que j’honore inlassablement mes 4 à 5 séances de sport hebdomadaire, il fallait symboliser cette pratique avec un surnom bien éloquent du style fitgirl, je suis d’accord !

Mais alors là, vous voyez, je fais sacrément défaut à mon addiction et le plus drôle dans l’histoire c’est que je n’en éprouve pas un manque terrible. Et pourtant le sport, vraiment j’aime ça ! Étonnant non ?

Pas vraiment en réalité… je suis coutumière du fait.

Mais Jade tu viens de dire que tu avais respecté ton planning à la lettre avant…

Oui oui, je vous parle d’autre chose, de quelque chose de plus général : je suis coutumière du fait quand il s’agit des « addictions » en règle générale… et cela m’a amenée à me poser une minute pour tenter d’y réfléchir. J’ai constaté en fait que, quelque soit la petite chose à laquelle je prends goût jusqu’à arriver à une sorte d’habitude, de réflexe… je finis par la délaisser temporairement voir définitivement et ce… de façon absolument radicale.

Que ce soit pour les quelques cigarettes fumées pendant mes années étudiantes, que ce soit le sport, que ce soit la danse… bien qu’à des périodes de ma vie j’ai aimé ces choses plus que tout, bien que j’y ai été totalement addict, il est toujours arrivé un jour où, comme ça, avec une lassitude extrême née en un instant, ça soit devenu pour moi une source d’ennui profond, provoquant alors un désintérêt presque total. Alors il y a des bons côtés à ça bien sûr : je ne mourrai pas d’un cancer du poumon, c’est déjà ça ! Ni d’une cirrhose tiens ! Parce que toutes ces formes d’addictions légèrement autodestructrices bien que diablement hédonistes sont celles qui ont le moins de pouvoir sur moi. Ouf !

Avec la nourriture, le rapport est déjà un peu plus complexe. Je suis la typique nana légèrement boulimique qui noie son chagrin, ses angoisses, son excitation, ses peurs, sa solitude and co dans le chocolat et toute autre denrée comestible. Oui, ça fait tout de même beaucoup de noyades tout ça (ce qui explique sûrement les petites rondeurs ça et là malgré le healhy lifestyle hein … bon et la pilule aussi mais ça c’est l’objet d’un autre article qui arrive vite vite !).

Et puis pour le reste, c’est par cycles : aller à la salle sera, en plus d’un besoin irrépressible, un véritable automatisme, m’enivrer à la salsa redeviendra un désir profond, écrire et coucher mes émotions sur papier… une deuxième nature. Le tout est alors de toujours se retrouver, y compris lorsque l’on se perd. Et puis à vrai dire, je ne crois même pas que les périodes « sans » – où l’on a envie de solitude, de lecture, de nourriture… et où les « addictions-habitudes » du quotidien semblent absurdes – sont celles où l’on se perd. Je pense même que c’est l’inverse. Parce que, inconsciemment, la société, les collègues, la famille, instagram, le jugement, les étiquettes, la recherche d’excellence, de coolitude, de perfection… nous pousse à adopter des comportements, à y prendre goût, et hélàs, à en devenir parfois esclaves. Et pourtant dans tout ce tourbillon d’informations, vous avez tout de même le sentiment qu’il s’agit bien de vous. Oui, quand je vais à la salle à 7h30 du matin, au delà du petit post sur les réseaux sociaux qui va bien pour vous transmettre ma motivation, je sens que ce que je fais, je le fais pour moi et que ça me procure du plaisir. Ce n’est pas un mensonge.

Mais à côté de ça, qu’il est important de savoir écouter votre propre petit murmure lorsque vous vous soufflez à vous-même : s’il te plait, arrêtes, j’en ai eu assez… C’est d’ailleurs sûrement parce qu’au fil du temps j’ai développé cette capacité d’auto-écoute, que je me détache si facilement des choses (cela est aussi vrai avec le matériel, auquel je ne suis pas du tout attachée) et … des gens.

Vous savez ce que c’est de se dire qu’on ne pourra plus jamais vivre sans cette personne. Addiction, là alors le mot est faible : avoir quelqu’un dans la peau et se dire qu’elle est devenue, comme une évidence, notre oxygène, va encore au-delà de ça (et ça peut être aussi vrai en amitié). Chanceuse que je suis, j’ai déjà expérimenté ce sentiment, plein et puissant, d’aimer à ce tel niveau de « dépendance ». Un mot à prendre positivement dans le cas présent car cette addiction à l’autre signifie simplement que l’on a accepté le pari fou de l’amour, celui qui nous rend magnifiquement vulnérable. Ultime forme de courage que de placer son cœur dans la main de l’autre n’est-ce pas ?

Et puis, parce que c’est la vie et que ça arrive (souvent entre 20 et 30 ans d’ailleurs), je suis également passée par cette phase, à la fois douloureuse et libératrice : se défaire de cette délicieuse mais hélàs parfois destructrice addiction amoureuse. Ici, je ne parle pas d’une relation toxique, destructrice ou dangereuse, non, simplement une relation amoureuse profonde, teintée de passion mais aussi d’habitudes, avec ses hauts et ses bas et… qui pour des raisons intimes et diverses, se termine. Là encore, la vie nous donne l’occasion de nous tester vis à vis ce que nous pensons être capable d’oublier, d’effacer de notre vie.

Je vois souvent cette citation sur internet …

« J’ai appris que l’amour peut arriver par surprise ou mourir en une nuit. Que de grands amis peuvent devenir de parfaits inconnus, et qu’au contraire, un inconnu peut devenir un “ami pour la vie”. Que le “jamais plus” n’arrive jamais et que “pour toujours” a une fin. Que celui qui veut, peut et y arrive. Que celui qui prend des risques ne perd jamais rien et que celui qui ne risque rien ne gagne rien. Que si on veut voir quelqu’un, il faut aller le chercher, car après c’est trop tard. Qu’avoir mal est inévitable, mais souffrir est une option. Et surtout, j’ai appris que nier les choses les plus évidentes ne sert absolument à rien. »

Dans mon cas, cette période de ma vie a été assez révélatrice sur la personne que j’étais véritablement. Je me souviens malgré la difficulté évidente de l’épreuve (séparation après 5-6 ans de relation), avoir ressenti de la tristesse, du drama tout ça (snniifffffff pourquoiiii ! #lol) mais à aucun moment je n’ai ressenti un manque profond, vous savez ce vide incroyable qui vous laisse incomplet, faible, déshumanisé… semblable à ce que certains décrivent dans les livres justement vis à vis de leur addiction à la drogue, à l’alcool, au sport ou encore à un être aimé.

C’est alors que j’ai commencé à me demander si ce sentiment était quelque chose que j’allais un jour ressentir : une addiction tellement puissante qu’il est impossible de s’en passer… jamais. À vrai dire, par la distance, par mon départ de Martinique très (trop) jeune, par les épreuves, j’ai tellement appris à me passer des personnes ou des choses que j’aimais, qui m’étaient essentielles, que c’est désormais avec une sorte de facilité un peu cynique que j’accepte les manques, sans jamais qu’ils m’encombrent. Mais au fond, la personne hyper-sensible, à fleur de peau et très fragile que je suis, sous cette tonne de carapaces se pose la question : ne s’agit-il pas en fait d’un état d’esprit que je me suis obligée à avoir, pour ne pas couler, et qu’enfin il serait peut-être temps de s’autoriser un peu de vulnérabilité ?

Après tout, c’est peut-être ça devenir adulte. Accepter son passé, analyser son parcours et s’autoriser, malgré les constats, à redevenir cet enfant d’antan.

3 comments

  1. COUICOUI

    Très bonne réflexion ma Couicoui super article

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    1. jadespaper

      Merci beaucoup ♡

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  2. Nin

    J’ai appris que l’amour peut arriver par surprise ou mourir en une nuit. Que de grands amis peuvent devenir de parfaits inconnus, et qu’au contraire, un inconnu peut devenir un “ami pour la vie”. Que le “jamais plus” n’arrive jamais et que “pour toujours” a une fin. Que celui qui veut, peut et y arrive. Que celui qui prend des risques ne perd jamais rien et que celui qui ne risque rien ne gagne rien. Que si on veut voir quelqu’un, il faut aller le chercher, car après c’est trop tard. Qu’avoir mal est inévitable, mais souffrir est une option. Et surtout, j’ai appris que nier les choses les plus évidentes ne sert absolument à rien »

    Jadoreeeeeeeeee!

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